Ce site explore l'intégration des normes de genre dans les modèles économiques — de la discrimination de Becker à l'économie identitaire d'Akerlof & Kranton. Avec visualisations interactives, données empiriques, et code R.
La ségrégation de genre ne se réduit pas à des préférences individuelles. Elle émerge de l'interaction entre normes sociales, structures de marché, et comportements stratégiques. L'économie dispose d'outils formels pour modéliser ces dynamiques.
La contribution fondamentale d'Akerlof & Kranton (2000) est d'incorporer l'identité directement dans la fonction d'utilité — l'appartenance à une catégorie sociale (ici le genre) génère des gains ou des pertes selon l'adéquation du comportement aux prescriptions normatives.
L'identité entre dans la fonction d'utilité : dévier de la norme de son groupe génère une perte de bien-être (anxiety), indépendamment des gains matériels.
Les employeurs, travailleurs ou consommateurs peuvent être prêts à payer un coût pour éviter de travailler avec des groupes non-préférés. Le marché peut ne pas éliminer ce biais.
Certains métiers sont codés « féminins » ou « masculins ». Entrer dans un emploi désaligné avec son identité de genre génère un coût psychologique que le modèle doit capturer.
L'index de dissimilarité D mesure l'écart entre la distribution des genres dans une profession et la distribution de référence. D = 0 signifie intégration parfaite.
Akerlof & Kranton (2000) — Ui : utilité totale · ui : gain matériel · Ii : gain/perte d'identité · c : catégorie sociale · εi : caractéristiques · ai : actions propres · a-i : actions des autres
Dans le modèle d'Akerlof & Kranton, chaque individu appartient à une catégorie sociale (ici : femme, homme, ou identité non-binaire). Chaque catégorie est associée à des prescriptions comportementales : les actions attendues, les métiers légitimes, les rôles familiaux. Adopter un comportement conforme renforce l'utilité identitaire ; s'en écarter la réduit.
Cette formalisation permet d'expliquer pourquoi des individus rationnels persistent dans des choix économiquement sous-optimaux — refus d'une promotion, sous-investissement en formation — lorsque ces choix preservent une identité sociale cohérente.
Les modèles de ségrégation de genre reposent sur deux logiques complémentaires : les préférences exogènes (Becker) et les normes endogènes (Akerlof & Kranton). Voici leur architecture formelle.
Soit un marché du travail avec deux groupes (F, M) et deux types de postes (T₁ codé féminin, T₂ codé masculin). L'index de dissimilarité de Duncan (1955) mesure l'ampleur de la ségrégation :
D ∈ [0,1] · fj : femmes dans l'occupation j · F : total femmes · mj : hommes dans j · M : total hommes · D = 0 : intégration parfaite · D = 1 : ségrégation totale
λ normativité : intensité estimée de la friction identitaire pour un individu qui entre dans un secteur non-conforme à son genre codé. Calculé via régressions sur données PISA, PIAAC & DARES.
L'écart salarial de genre (gender pay gap) est la variable endogène centrale de la plupart des modèles empiriques. Mais décomposer cet écart requiert de distinguer la part expliquée (capital humain, secteur, temps partiel) de la part résiduelle — qui capte notamment les frictions identitaires.
Premier modèle formel : le goût pour la discrimination comme paramètre de préférence. Prédit que la concurrence sur les marchés élimine la discrimination à long terme — prédiction infirmée empiriquement.
Introduction de la discrimination statistique : l'employeur utilise le groupe comme proxy pour une information inobservable. Crée des équilibres discriminatoires stables même sans préférence.
Critique empirique majeure : le capital humain n'explique pas la ségrégation occupationnelle. Introduction des facteurs normatifs.
Formalisation de l'identité comme composante de la fonction d'utilité. Révolution paradigmatique : les coûts psychologiques de déviance normative sont économiquement modélisables.
L'écart de genre se concentre dans les hauts revenus. Les femmes valorisent davantage la flexibilité horaire — ce que Bertrand lit comme le résultat de normes de genre intégrées.
Extension du cadre Akerlof & Kranton aux identités plurielles : comment les individus non-binaires naviguent des espaces occupationnels binairement codés.
Les analyses empiriques de ségrégation de genre mobilisent un pipeline R standard : nettoyage des données DARES/Eurostat, calcul des indices, décomposition de Blinder-Oaxaca, et visualisation avec ggplot2. Voici l'architecture du projet.
Le site est généré avec R Markdown / Quarto et déployé via GitHub Pages à chaque push. Le workflow CI/CD rend les analyses reproductibles et publiques.
# Calcul de l'indice de dissimilarité D (Duncan & Duncan, 1955)
# Données : part femmes/hommes par catégorie professionnelle ROME
library(dplyr)
library(readr)
compute_duncan_index <- function(data, group_col, cat_col) {
data |>
group_by({{ cat_col }}) |>
summarise(
f_share = sum(female) / sum(female + male),
m_share = sum(male) / sum(female + male),
.groups = "drop"
) |>
summarise(D = 0.5 * sum(abs(f_share - m_share)))
}
# Charger les données DARES
emploi <- read_csv("data/dares_emploi.csv")
# Indice global
D_global <- compute_duncan_index(emploi, sector, occupation)
# Par secteur
D_par_secteur <- emploi |>
group_by(secteur) |>
group_modify(~ compute_duncan_index(.x, ., profession))
# Simulation de la fonction d'utilité avec composante identitaire
# U = u(gains matériels) + I(identité, norme, action)
identity_utility <- function(
gain_materiel, # revenu, statut
ecart_norme, # distance à la norme de genre [0,1]
lambda = 0.8, # intensité de l'identité
alpha = 1.5 # concavité de la perte identitaire
) {
# Composante matérielle (log-utilité)
u_mat <- log(gain_materiel + 1)
# Perte identitaire : convexe en l'écart à la norme
I_identity <- -lambda * ecart_norme ^ alpha
# Utilité totale
U_total <- u_mat + I_identity
list(
U_total = U_total,
u_mat = u_mat,
I_identity = I_identity,
decision = ifelse(U_total > 0, "accepter", "refuser")
)
}
# Exemple : promotion dans un secteur non-conforme
res <- identity_utility(
gain_materiel = 1.35, # +35% de salaire
ecart_norme = 0.72, # forte déviance normative
lambda = 1.1 # individu fortement identifié
)
library(oaxaca)
library(ggplot2)
# Décomposition de l'écart salarial F/M
model_oaxaca <- oaxaca(
log_salaire ~ experience + education + secteur + temps_partiel | genre,
data = enquete_salaires
)
# Résultats : part expliquée vs résidu
summary(model_oaxaca)
# Visualisation de la décomposition
plot(model_oaxaca, decomposition = "twofold", group.weight = -1) +
theme_minimal(base_family = "IBM Plex Sans") +
scale_fill_manual(values = c("#C8B97A", "#1C6FA3", "#5B8FC4")) +
labs(
title = "Décomposition Blinder-Oaxaca de l'écart salarial",
subtitle = "France · Données DARES 2022",
x = "Contribution (%)"
)
Le site utilise Quarto (ou R Markdown + rmarkdown::render_site()) pour générer automatiquement les pages à partir des scripts R. Chaque section correspond à un .Rmd ou .qmd avec les outputs intégrés.
project:
type: website
output-dir: docs # pour GitHub Pages
website:
title: "Identité de Genre & Économie"
navbar:
left:
- text: "Fondements"
href: fondements.qmd
- text: "Modèles"
href: modeles.qmd
- text: "Données"
href: donnees.qmd
right:
- icon: github
href: https://github.com/votre-user/identite-genre-economie
format:
html:
theme: [flatly, custom.scss]
code-fold: true
code-summary: "Voir le code R"
toc: true
Références fondamentales classées par niveau de technicité — des articles fondateurs aux packages R spécialisés.
"Economics and Identity" — Quarterly Journal of Economics. L'article de référence pour l'intégration de l'identité dans la théorie économique standard.
The Economics of Discrimination. Fondement de l'économie de la discrimination. Indispensable avant d'aborder les modèles d'identité.
"New Perspectives on Gender" — Handbook of Labor Economics. Synthèse de la littérature empirique sur les écarts de genre au travail.
Packages R pour décomposition Blinder-Oaxaca (oaxaca) et indices de ségrégation (segregation de Bischoff & Reardon).
Ce site est un projet pédagogique open-source. Données : DARES, Eurostat SES, INSEE. Code sous licence MIT. Contributions bienvenues via GitHub.