4  Conclusion

Nous avons pu voir l’intérêt que portent les économistes aux questions d’identité.

Champ récent de la discipline, l’économie de l’identité propose plusieurs directions de recherche: d’un point de vue théorique, elle cherche à introduire dans des modèles économiques traditionnels la variable identité, afin d’enrichir notre compréhension des phénomènes économiques.

Parce qu’elle influence les choix, l’identité doit être prise en compte dans une discipline où ces choix individuels sont un objet d’études.

L’identité influence les préférences individuelles et notamment la coopération (à la participation de biens publics par exemple), elle agit sur les performances individuelles et influence les actions des individus.

Ces derniers font face à des arbitrages entre leurs caractéristiques intrinsèques et les normes sociales (ou prescriptions) qui prévalent dans leur environnement.

Il y a donc là de nombreux questionnements sur les dynamiques de formation de l’identité et ses répercussions socio-économiques .

D’un point de vue empirique, l’une des premières difficultés auxquelles fait face le chercheur est la mesure de cette variable aux contours flous et aux multiples dimensions.

L’emploi de variables catégorielles (comme la variable binaire homme/femme) contient des limites lorsque l’objectif est de mesurer la distance aux normes d’identité.

Les données continues provenant de déclarations et positionnements individuels sur une échelle graduée (par exemple, dans quelle mesure je me perçois comme très masculin/féminin), répond en partie aux problèmes évoqués précédemment, cependant, les données sont rares et ces déclarations subjectives peuvent souffrir de biais de désirabilité.

Une autre possibilité est de construire des indices continus basés sur des dimensions de l’identité identifiée a priori ou non.

En outre, une mesure continue semble plus appropriée mais pose des questions quand à sa construction, à l’existence de données adéquates, à la reproductibilité des indicateurs pour des comparaisons dans le temps et l’espace.

Nous avons proposé une mesure continue du genre basée sur les pratiques culturelles des français. Notre indice converge vers les indices d’échelle dans la mesure où il indique que la plupart des individus ne sont pas totalement conformes, que peu d’individus s’écartent des normes (entendues dans notre étude comme un comportement moyen), que ces divergences ou convergences sont reliées aux caractéristiques socio-économiques des individus.

Enfin, nous avons proposé d’étudier empiriquement la relation entre identité et satisfaction. Celle-ci n’apparaît pas comme évidente et est sensible au niveau de revenus des individus ainsi qu’à leur sexe biologique.

Les premiers résultats observés indiquent une relation négative entre distance aux normes de genre et satisfaction individuelle pour les femmes, cette relation n’est pas aussi prononcée chez les hommes.

La satisfaction (en termes de disposition de son temps libre) semble décroître avec l’augmentation de la distance aux normes chez les individus aux revenus les plus faibles.

Ces résultats sont préliminaires et méritent d’être approfondis.

La notion d’identité est donc complexe, mouvante, relative. Sa mesure pose des difficultés de comparaisons dans le temps et l’espace. L’enquête sur les pratiques culturelles des français a été répétée dans le temps et cela pourrait être une piste de recherche d’étudier l’évolution de cet indice d’identité de genre à travers le temps, pour une vision dynamique de cette mesure.