1 Abstract & Résumé
1.1 Abstract (English Version)
In economic studies, gender is often considered through the lens of biological sex, primarily due to data availability, which typically records individuals as male or female. However, this binary approach fails to capture the full complexity of gender identity, particularly for those who do not fit neatly into this dichotomy. While a third category is sometimes introduced, categorical measures struggle to reflect the continuous nature of gender and the concept of deviation from social norms.
This study proposes an individual-level, continuous measure of gender through the creation of two composite indices, enabling analysis of their relationships with socio-economic variables such as education, income, occupation, health, and life satisfaction. Deviations from gender norms can influence socio-economic outcomes, including wage gaps, occupational prestige, discrimination, and health. Consequently, a nuanced, individual measure of gender is essential to explore these effects.
Empirical evidence from France, including the Virage study, demonstrates that most individuals do not identify with the extreme poles of their biological sex (23.3% of women identify as very feminine; 30.6% of men identify as very masculine). Surveys directly asking individuals to position themselves along a masculine–feminine scale align with Akerlof and Kranton’s definition of identity as a self-perception, although they may be subject to social desirability bias. Alternatively, composite gender indices, such as those inspired by the Bem Sex Role Inventory, allow continuous measurement based on responses to pre-classified masculine, feminine, or neutral items, though they require a priori assumptions about gendered behaviors.
Our approach constructs two continuous gender indices using statistical identification of gendered behaviors from the 2018 French Cultural Practices Survey, which captures a wide range of culturally and leisure-based practices known to be gendered. The first index is based on weighted variables derived from Multiple Correspondence Analysis. The second uses a LASSO regression to predict biological sex.
We first document gendered differences in cultural practices, which emerge early in life, and then compare our indices with existing measures. Both indices align with scale-based measures, indicating gender nuances and showing that most individuals do not deviate strongly from average behaviors. Preliminary econometric analyses suggest that the continuous gender score is particularly relevant in explaining self-reported health and life satisfaction.
1.2 Résumé (version française)
Une récente note de la DREES (2024), DREES Baromètre Stéréotypes de Genres – Recherche Google (n.d.), révèle une certaine ambivalence entre le rejet des stéréotypes de genre et la persistance de ces derniers. En effet, si d’après le baromètre une personne sur deux rejette les stéréotypes de genre, certains demeurent persistants. D’après le baromètre d’opinion réalisé par la DREES, 17 % des personnes interrogées sont tout à fait d’accord avec l’idée que les mères savent mieux répondre aux attentes des enfants que leurs pères, et 42 % y sont plutôt d’accord.
Ces stéréotypes sont préjudiciables s’ils perpétuent les inégalités et conduisent à des discriminations.
Dans le monde du travail par exemple, l’étude de l’INSEE (2022), Femmes et hommes, l’égalité en question, révèle une différentiation encore très genrée des métiers et une exposition aux risques différenciée selon les sexes biologiques. Les femmes sont davantage confrontées aux risques psychosociaux et aux contraintes organisationnelles, notamment dans les métiers féminisés de services.
Lorsque la dimension du genre est prise en compte dans les études économiques, bien souvent on se réfère au sexe biologique des individus. Cette approche binaire est notamment liée à la commodité des données. En effet, dans les bases de données, cette information figure presque toujours. Cependant, certains individus ne se retrouvent pas dans cette dichotomie, alors la possibilité d’intégrer une troisième option est parfois envisagée.
Cette approche catégorielle peine cependant à saisir ce qui nous semble fondamental dans une étude empirique de l’identité : la dimension continue du genre et la distance aux normes.
Notre étude propose une mesure individuelle continue du genre, à travers la création de deux indices composites permettant de créer un score et d’analyser les relations avec d’autres variables socio-économiques (diplôme, revenu, CSP, état de santé, satisfaction).
La distance aux normes peut en effet entraîner des répercussions sur des dimensions socio-économiques (salaires ou prestige des métiers féminisés, Cacouault-Bitaud (2001), discriminations, effets sur la santé des individus). Il nous semble donc important d’avoir une mesure individuelle de genre pour étudier ces répercussions.
En France, l’étude Virage a permis de mettre en lumière le fait que l’identité de genre est faite de nuances : la plupart des individus interrogés ne s’identifient pas aux pôles extrêmes de leur sexe biologique (23,3 % des femmes interrogées s’identifient comme très féminines ; 30,6 % des hommes interrogés s’identifient comme très masculins ; Trachman (2022)).
Cette enquête a l’intérêt de demander directement aux individus de se positionner sur une échelle allant de très masculin à très féminin. Cette approche tend vers la définition de l’identité donnée par Akerlof and Kranton (« le sentiment que l’on a de soi »), bien que ces enquêtes puissent souffrir du biais de désirabilité sociale.
Une autre méthode consiste à produire des indices continus du genre, comme le Bem Sex Role Inventory (Bem (1974)). Il s’agit de créer un indice composite à partir des réponses des enquêtés à des items identifiés a priori comme masculins, féminins ou neutres. Cette approche permet une mesure continue, mais suppose d’identifier préalablement ce qui relève du masculin et du féminin.
Notre approche vise à construire deux indices composites à partir de variables identifiées statistiquement comme genrées, c’est-à-dire déduites de l’analyse statistique des pratiques ou comportements différenciés selon les sexes biologiques. Cette démarche est notamment utilisée en médecine, où les auteurs examinent le lien entre une mesure continue du genre et l’incidence des maladies cardiovasculaires (Gilbert-Ouimet et al. (2024)).
Pour construire nos indices, nous utilisons les données de l’enquête sur les pratiques culturelles des Français (2018), qui comprend un large éventail de pratiques culturelles et de loisirs particulièrement genrées (Buscatto (2014)).
Nous proposons deux mesures : un indice fondé sur une analyse en composantes multiples et un indice basé sur une régression LASSO. Nous étudions d’abord les différenciations genrées des pratiques culturelles, marquées dès le plus jeune âge (Octobre (2008)), puis nous comparons nos indices aux mesures existantes (Brenøe et al. (2022) ; Trachman (2022)).
Nos indices convergent vers les mesures d’échelle existantes, indiquant des nuances de genre et montrant que peu d’individus s’écartent fortement des normes, entendues comme un comportement moyen. Ces écarts sont liés aux caractéristiques socio-économiques. Les premiers résultats économétriques indiquent que le score de genre est pertinent notamment pour expliquer l’état de santé déclaré et le degré de satisfaction.
Ces résultats sont préliminaires et nous souhaitons poursuivre l’analyse dans une perspective dynamique, l’enquête sur les pratiques culturelles ayant été réalisée à plusieurs périodes, permettant une analyse dans le temps long.