1  resumé long

Une récente note de la DREES (2024) “DREES Barometre Stéréotypes de Genres - Recherche Google” (n.d.) révèle une certaine ambivalence entre le rejet des stéréotypes de genre et la persistance de ces derniers. En effet, si d’après le baromètre, une personne sur deux rejette les stéréotypes de genre, certains demeurent persistants \footnote{d’après le baromètre d’opinion réalisé par la DREES, 17 % des personnes interrogées sont tout à fait d’accord avec l’idée que les mères savent mieux répondre aux attentes des enfants que leurs pères, 42% y sont plutôt d’accord.}

Ces stéréotypes sont préjudiciables s’ils perpétuent les inégalités et conduisent à des discriminations.

Dans le monde du travail par exemple, l’étude de l’INSEE 2022 (noauthor_femmes_nodate?) , révèle une différentiation encore très genrée des métiers et une exposition aux risques différenciée selon les sexes biologiques. Les femmes sont davantage confrontées aux risques pyschosociaux et aux contraintes organisationnelles, notamment dans les métiers féminisés de services.

Lorsque la dimension du genre veut être prise en compte dans les études économiques, bien souvent on se réfère au sexe biologique des individus. Cette approche binaire est notamment liée à la commodité des données.

En effet, dans les bases de données, cette information figure presque toujours. Cependant, certains individus ne se retrouvent pas dans cette dichotomie, alors la possibilité d’intégrer une troisième option est parfois envisagée.

Cette approche catégorielle peine cependant à saisir ce qui nous semble fondamental dans une étude empirique de l’identité: la dimension continue du genre et la distance aux normes.

Notre étude propose une mesure individuelle continue du genre, à travers la création de deux indices composites permettant de créer un score et d’analyser les relations avec d’autres variables socio-économiques (diplôme, revenu, CSP, état de santé, satisfaction)

La distance aux normes peut en effet entraîner des répercussions sur des dimensions socio-économiques (salaires ou prestige des métiers féminisés (cacouault-bitaud_feminisation_2001?), discriminations, effets sur la santé des individus)

Il nous semble donc important d’avoir une mesure individuelle de genre pour étudier ces répercussions socio-économiques.

En France, l’étude Virage, à permis de mettre en lumière le fait que l’identité de genre est en effet faite de nuances, la plupart des individus interrogés ne s’identifient pas aux pôles extrêmes de leur sexe biologique (23,3% des femmes interrogées s’identifient comme très féminines; 30,6 % des hommes interrogés s’identifient comme très masculins.) Trachman (2022) }

Cette enquête à l’intérêt de demander directement aux individus de se positionner sur une échelle de mesure allant de très masculin à très féminin.

L’intérêt de ce type d’enquête est de demander directement aux individus de se positionner, ce qui tend vers la définition de l’identité donnée par Akerlof and Kranton (“le sentiment que l’on a de soi”) Akerlof and Kranton (n.d.), cependant ces enquêtes peuvent souffrir du biais de désirabilité sociale .

Une autre méthode consiste à produire des indices continus du genre, comme cela a pû être proposé en sociologie avec la création du Bem Sex Role Inventory ( Bem (1974)).

Il s’agit de créer un indice composite à partir de réponses des enquêtés qui se classent par rapport à différents items identifiés au préalable comme masculins, féminins ou neutres. Cette approche permet une mesure continue, mais suppose d’identifier a priori ce qui relève du masculin et du féminin.

Notre approche vise à construire deux indices composites à partir de variables identifiées statistiquement comme genrées, c’est à dire déduire de l’analyse statistique les pratiques ou comportements plus ou moins masculins ou féminins (dans la mesure où ils sont statistiquement différenciés selon les sexes biologiques.) et de construire un indice en fonction des poids que représentent chaque variable sur un axe masculin/féminin.\footnote{Cette approche est notamment utilisée en médecine où les auteurs ont examiné le lien entre une mesure continue du Genre et l’incidence sur les maladies cardiovasculaires. (gilbert-ouimet_developing_2024?)

Pour réaliser nos indices composites nous avons utilisé les données de l’enquête sur les pratiques culturelles des français, 2018. Cette enquête comprend une quantité considérable de données relatives aux pratiques culturelles et de loisirs des Français. Celles-ci sont particulièrement genrées ( Buscatto (2014))

Nous proposons deux mesures: un indice basé sur les poids relatifs des pratiques culturelles suite à une Analyse en Composante Multiple et un indice basé sur une régression LASSO.

Notre premier indice est donc construit de la façon suivante:

\([I_{1j} = \sum_{k=1}^{Z} w_{1k} \cdot X_{k j}\)

Dans cette expression, \((I_{1j}\) désigne l’indice de l’individu \(j\),

tandis que \(w_{1k}\) représente le poids associé à chaque variable

culturelle \(X_{kj}\). La somme englobe toutes les variables culturelles

\(Z\), ce qui nous permet de saisir l’engagement culturel global de

l’individu.

Nous construisons également un indice de score basé sur une régréssion

LASSO c’est à dire une méthode de régression pénalisée qui sélectionne

automatiquement les variables les plus pertinentes en contraignant la

somme des valeurs absolues des coefficients. Dans notre analyse, nous

avons utilisé la régression LASSO avec validation croisée sur un

ensemble d’activités culturelles pour prédire le sexe des individus

(homme ou femme).

Les variables ayant des coeffcients non nuls après régularisation ont

été retenues. Un score linéaire a ensuite été calculé pour chaque

individu sous la forme :

$$\text{Indice LASSO} = \sum_{j \in S} \beta_j x_j $$

\(S\) est l’ensemble des variables sélectionnées, \(βj\) leur coefficient

estimé, et \(xj\) la valeur observée de la variable pour un individu donné.

Cet indice est ensuite normalisé entre 0 et 1 pour faciliter

l’interprétation.

Nous étudions dans un premier temps les différenciations genrées des pratiques culturelles (ces différenciations genrées des pratiques culturelles sont marquées, et ce dès le plus jeune âge, \cite{octobre_loisirs_2008}) puis nous proposons deux mesures:

Nous comparons dans un premier temps nos deux indices aux mesures existantes ( Brenøe et al. (2022) , Trachman (2022))

Nos indices convergent vers les indices d’échelle telles que proposées par Trachman, dans la mesure où ils indiquent des nuances de genre, et que peu d’individus s’écartent des normes (entendues dans notre étude comme un comportement moyen), que ces divergences ou convergences sont reliées aux caractéristiques socio-économiques des individus.

Nous étudions en effet les relations entre nos indices de genre et les professions exercées, le niveau de diplôme,le revenu, l’état de santé déclaré ainsi que le degré de satisfaction (en termes de temps libre).

Nous étudions ensuite la pertinence du score de genre en l’intégrant dans des modèles économétriques , les premiers résultats indiquent que le score de genre est pertinent notamment pour expliquer l’état de santé déclaré ainsi que le degré de satisfaction.

Ces résultats sont préliminaires et nous souhaitons poursuivre l’analyse de nos indices continus et notamment dans une perspective dynamique, l’enquête sur les pratiques culturelles ayant été réalisées sur plusieurs périodes, nous pourrons comparer notre indice dans le temps long.