Chapitre 9 — La révolution keynésienne
1930 — Seconde Guerre mondiale
Contexte économique
L’après-1918 : trois ruptures fondamentales
- Rupture monétaire : suspension de la convertibilité-or (1914), reconstruction d’un système monétaire
- Rupture de l’endettement : États endettés → inflation ; Europe endettée en dollars ; réparations de guerre
- Rupture productive : outil industriel détruit, besoin massif de reconversion
Données clés : Production industrielle mondiale : −36% entre 1929 et 1932. Chômage américain : 25% en 1933.
Les cycles économiques
- Cycles Juglar (7–10 ans) : cycles d’investissement liés au crédit
- Cycles Kondratieff (50 ans) : grandes vagues technologiques
- Schumpeter : la « destruction créatrice » — l’innovation détruit les anciens secteurs pour en créer de nouveaux (TIC, IA aujourd’hui)
John Maynard Keynes (1883–1946)
John Maynard Keynes ⭐ Auteur central
Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).
Dès 1919 (Les Conséquences économiques de la paix) : dénonce les réparations du Traité de Versailles comme économiquement irréalistes.
Joan Robinson est l’une des architectes de la révolution keynésienne — et l’une des économistes les plus importantes du XXe siècle, régulièrement citée comme candidate au prix Nobel qu’elle n’a jamais reçu.
Dès 1933, elle publie L’Économie de la concurrence imparfaite — un modèle qui comble le vide entre la concurrence parfaite et le monopole pur. Elle montre que la plupart des marchés réels sont en concurrence imparfaite (oligopoles, différenciation des produits), ce qui invalide la théorie néoclassique des marchés efficients.
Proche de Keynes à Cambridge dans les années 1930, elle développe la version post-keynésienne : l’investissement est volatil par nature, les anticipations sont fondamentalement incertaines, et le modèle IS-LM de Hicks trahit l’intuition originale de Keynes en le formalisant dans un cadre d’équilibre qu’il rejetait explicitement.
Elle sera l’une des premières à critiquer le modèle de croissance de Solow pour ses présupposés sur la mesure du capital — la Cambridge Capital Controversy — un débat qui n’est toujours pas formellement résolu.
Les concepts keynésiens fondamentaux
La demande effective : le niveau de production est déterminé par la demande anticipée, non par l’offre. Contrairement à la loi de Say, l’offre ne crée pas automatiquement sa demande.
- Propension marginale à consommer : fraction du revenu supplémentaire consommée (0 < c < 1)
- Multiplicateur keynésien : un accroissement des dépenses publiques G génère un accroissement du PIB supérieur (1/(1-c))
- Trappe à liquidité : à taux très bas, la politique monétaire devient inefficace → seule la politique budgétaire fonctionne
- Chômage involontaire : le marché du travail ne s’équilibre pas automatiquement
Le modèle IS-LM (Hicks, 1937)
Formalisation du keynésianisme :
- Courbe IS : équilibre sur le marché des biens (Investissement = Épargne)
- Courbe LM : équilibre sur le marché monétaire (Liquidité = Monnaie)
- L’équilibre macroéconomique peut se produire en dessous du plein emploi
Bilan : New Deal & Front populaire
| Politique | Pays | Mesures |
|---|---|---|
| New Deal (Roosevelt, 1933) | États-Unis | Grands travaux (TVA), réformes bancaires, filet social |
| Front populaire (1936) | France | Semaine de 40h, congés payés, conventions collectives |
Ces politiques illustrent l’application concrète des idées keynésiennes : soutenir la demande par la dépense publique.
Résonances contemporaines
Questions de réflexion
- Les cycles économiques : expliquez les cycles de Juglar et Kondratieff. En quoi Schumpeter renouvelle-t-il la théorie ? Donnez des exemples contemporains (TIC, IA).
- L’étalon-or : fonctionnement, apogée et effondrement. En quoi sa disparition est-elle liée à la révolution keynésienne ?
- Expliquez le multiplicateur keynésien avec un exemple chiffré. Quelles sont ses limites ?
- En quoi la trappe à liquidité rend-elle la politique monétaire inefficace ? Illustrez avec la situation post-2008.